Luxueux et lucratif écosnobisme

D’autres aspects comiques ou paradoxaux viennent à l’esprit. L’écologie peut, par récupération, tourner au luxe, au snobisme, au puritanisme. Elle est alors affichée comme signe extérieur de richesse, comprenez : de bonne conscience conformiste politiquement correcte. D’où toute une nouvelle « écoculture » écosnobe et son avatar en politique (très payant également) l’écologie spectacle. Je parlerais, quant à moi, d’écolâtrie.
Le « rustique », puis aujourd’hui, le risque, l’aventure12, le danger sont assez tôt, dans la seconde partie du XXème siècle devenus à la mode. Telle mode13 urbaine, dans les années 1960 à 1980, a célébré les retrouvailles avec la simple (et marchande) rusticité. Le tout était en ces ères dites d’euphorie14 d’occulter que la bonne, la vraie nature n’est jamais que dangereuse pour l’homme.
On jouait sans risque à l’authentique comme jouent aujourd’hui les aventuriers de pacotille qui prennent leurs vacances dans des « destinations à risque ».
La mode du vivre simple voire à la dure se faufile partout : produits de vacances, produits pour les randonnées, aménagement des résidences secondaires, achat de véhicules pick-up utiles dans les grandes plaines américaines ou même dans nos campagnes françaises, mais pas forcément pour aller du 6ème arrondissement de Paris à Vélizy ou même à Deauville.
Quand on a eu tué le monde rural on en vendit les reliefs, les ruines, très cher, aux nostalgiques nantis et ennuyés, celles et ceux qui errent dans les échopes des rues Bonaparte et de Seine. Parallèlement, le néo-rustique est le parent riche de l’écolâtrie – simple et brute – qui fait « comme la nature » ou comme ceux qui en sont (en étaient) proches.
Autre snobisme d’accompagnement : celui du papier « recyclé ». Nous avons tous connu ces enveloppes15 et blocs en papier recyclé gris et laid trois fois plus chers que ceux qui sont en papier recyclé non visible comme tel : l’écosnobisme fait que la papier explicitement, visiblement recyclé et grossier, ni beau, ni blanc mais « si follement à la mode », et qui revient moins cher à produire, est vendu finalement nettement plus cher que le papier recyclé blanc dont on ne voit pas qu’il est recyclé.
Par ailleurs, ne pas sous estimer que le processus de recyclage du papier pollue infiniment plus que la méthode qui consistait (dans de bonnes et salubres conditions de filtrage et de récupération de l’énergie) à en brûler les déchets. Alors que le bois (énergie renouvelable si les forêts et plantations sont exploitées correctement) qui fournit du papier « propre » (sans chlore) n’engendre, par un traitement adéquat, que très peu de pollution.
Mais ces forêts que l’on entend préserver on ne se donne pas les moyens (pourtant très simples) de les entretenir. C’est pourquoi il fauda les détruire en pure perte après un vilain jour de tempête ; sans pouvoir en tirer grand’chose, en tout cas, sans amortir par la vente du bois le travail impliqué. Il aurait pourtant juste suffi d’organiser coupes et renouvellements des plants avec méthode et selon l’expérience ancestrale.

Quand le remède est pire que le mal …

A vouloir privilégier les aspects spectaculaires donc voluptueusement culpabilisateurs les imprécateurs aboutissent souvent à des paradoxes (ou à des absurdités somme toute assez divertissantes) et à des effets inverses de ceux prétendument recherchés. C’est ainsi que l’on voit des mesures dites écologiques engendrer des effets pires que les maux qu’ils sont supposés corriger.
La transparence est-elle pure ? Nous évoquions ces produits de beauté (ou d’hygiène) transparents, symboles de pureté et de nature – on ignore bien souvent que le traitement aboutissant à la transparence est sinon plus « dangereux » (allergénisant) souvent plus polluant que si on les laissait opaques, troubles, verdâtres, glauques, sans doute peu ragoûtants … mais sains.
Pensons aussi, aux effets du fluor ajouté « de force » (secrètement pour certaines villes de Suisse et des Etats-Unis dans les années 1970-80) à l’eau des villes (où il fut accusé ensuite de provoquer des cas de stérilité). Dans les dentifrices, le fluor, semble s’accorder à reconnaître le corps médical, n’agit pour ainsi dire pas par contact : il faudrait manger un tube de dentifrice par semaine pour qu’il agisse sur les dents, et ce, pendant leur croissance uniquement.
Pour la santé et un développement économique durable on avait inventé les fermes d’aquaculture / pisciculture. Bien. Vantées par les écologistes au début elles se révèlèrent comme génératrices des pires bouillons de culture qui soient : les poissons d’élevage se nourrissent à terme de leurs excréments et développent de nouvelles pathologies. Celles-ci contraignent les éleveurs à les soigner, à les protéger à grand renfort d’antibiotiques qui, accessoirement, passent dans nos aliments. Ils « contaminent », ensuite, les poissons sauvages qui s’approchent des fermes ; poissons sauvages avec lesquels ils se reproduisent quand ils s’échappent, ce qui modifie irréversiblement la race et ses modes de vie. Tout un écosystème s’en trouve profondément bouleversé. Ils leur communiquent également des germes qui sont devenus résistants à tous les antibiotiques dont ils sont gavés et des pathologies jusqu’alors inconnues chez ces espèces. Je m’abstiendrai d’ajouter une inquiétude quant à l’incidence de ces pratiques sur le goût de la chair du poisson sans parler des effets à terme sur la santé des consommateurs. Encore une volonté de produire de manière « naturelle » qui, j’ose le dire, tombe à l’eau.

Prenons l’eau

L’eau, parlons-en. Ou plutôt parlons des nappes phréatiques. Elles sont au coeur de l’émotion écologique ces dernières années pour cause de « sécheresse »… ou plus exactement à cause de l’abaissement de leur niveau, ce qui n’a pas de rapport direct. Rien ne dit que la « sécheresse y soit pour quelque chose car des années à pluviométrie forte n’ont rien changé. Tiens donc !
Rien de surprenant à cela quand on voit ceux-là même qui donnent tant de bons conseils ou promulguent tant d’interdictions d’arrosage prennent quotidiennement, eux-mêmes, les décisions qui sont la seule véritable cause du problème.
Le mécanisme est simple. Les infiltrations des précipitations vers les couches du sous-sol puis vers la nappe sont devenues impossibles : on leur a substitué le ruissellement vers des bassins de drainage d’où l’eau est ensuite repompée vers les cours d’eau, donc la mer, sans la moindre possibilité de transiter par le sous-sol et les couches plus profondes de la terre. De nos jours, pas de route, de parking, de bâtiment un tant soit peu imposant, sans des drainages de tous côtés et des bassins de réception, au fond joliment garni de plastiques étanches, même chose pour chaque zone industrielle ou artisanale, chaque supermarché, chaque nouvelle zone pavillonnaire, chaque groupe scolaire ou sportif…
Les entreprises de BTP et les réglementations qui les pilotent ne sont pas les seules en cause. Ainsi, rares sont les cultivateurs dans les grandes plaines à blé et betterave de la moitié nord de la France qui n’aient cédé aux sirènes des entrepreneurs en drainage des espaces agricoles et consenti à emprunter pour faire drainer son champ. On devine à qui cela profite : banques et entreprises se frottent les mains. Le champ drainé est asséché. Souvent trop. Alors on fore un puits profond et l’on pompe directement dans la nappe phréatique déjà appauvrie. L’eau drainée n’a pas pu s’infiltrer dans le sous-sol et le peu qui reste dans la nappe sert à arroser le champ. L’évaporation, la consommation par les cultures et le ruissellement font le reste. La catastrophe est organisée de main de maître. Quand il pleut l’eau ne s’infiltre plus, elle coule sur le béton, sur le plastique, est conduite aussitôt vers les buses et les tuyaux collecteurs et aboutit en quelques minutes dans le bassin collecteur ou dans la rivière. Etonnez-vous ensuite que les nappes phréatiques baissent !
Le malheureux usager doit faire des économies d’eau (qui ne manque absolument pas !) pour masquer la malhonnêteté ou l’incompétence des décideurs complices de la cupidité des spéculateurs. Qui aura le courage d’aller enseigner le bon sens aux agriculteurs déjà fragilisés. Qui ôtera les tuyaux de drainage ? Qui enseignera à cultiver sans le moindre arrosage. C’est très simple et ça marche ailleurs pourquoi pas chez nous ?

Si c’est vraiment naturel c’est un manque à gagner pour l’industrie chimique

Paradoxe ou mauvaise foi, pour ce qui suit, on jugera. Toujours est-il qu’au nom de la pureté on en est arrivé – comble du paradoxal – à proscrire les engrais ou pesticides naturels (dont le purin d’ortie ou la bouillie bordelaise) par souci « écologique ». Peut-on ignorer qu’il s’agissait en fait de protéger contre les assauts déloyaux de Mère Nature les profits des laboratoires et du lobby pétro-chimique qui est derrière. Des réglements supra-nationaux d’une extrême sévérité ont ainsi frappé ces cultivateurs qui n’avaient pas eu recours aux produits du commerce et soignaient les plantes par les plantes ou des préparations naturelles.

L’automobile : mythe, paradoxes et contradictions16

Du lobby pétrolier au lobby automobile puis au lobby autophobe il n’y a qu’un pas. Il existe un lobby des imprécateurs contre l’automobile ; il obtient, lui aussi, l’inverse de ce qu’il prétend rechercher. Ceux qui « militent » sans réfléchir récoltent des effets opposés au but qu’ils prétendent poursuivre.
Qui se soucie de l’avenir post mortem des coûteux et quasi-inutiles pots d’échappement catalytiques ? On ne sait que très imparfaitement les recycler et les résidus de métaux lourds polluent, à terme, bien plus que les gaz d’échappement. Et ce n’est pas leur seul défaut, j’ai dit « quasi-inutile » car ces catalyseursont une fâcheuse tendance à polluer plus pendant les dix premiers kilomètres que les pots ordinaires, au-delà ils sont incontestablement très efficaces. Mais voilà, problème : combien de personnes parcourent plus de dix kilomètres à chaque fois qu’elles prennent leur voiture ?
Ayons une pensée également pour les ardents défenseurs autophobes des transports publics : ils luttent avec ardeur, conviction et, on les croit volontiers, une certaine justesse, contre la mobilité individuelle et ils empilent les humains dans des véhicules collectifs aux qualités très variables. Là aussi problème : le rayon d’action des transports publics étant épouvantablement limité, dans des zones dont la densité de population devient, par voie de conséquence, de plus en plus forte, l’effet secondaire est que cette surconcentration – les transports collectifs devenant vite saturés – engendre un appel encore plus fort aux transports individuels d’où l’accroissement du niveau de pollution.
C’est l’occasion d’observer de la part des acteurs et décideurs régionaux un bel exercice de double langage : discours contre la pollution que par ailleurs l’on engendre soi-même, discours assumé fièrement tant par la gauche que la droite (l’une par un vieux réflexe collectiviste l’autre par un très contemporain appât du gain spéculatif et pour les juteuses opérations immobilières induites). On ne peut imaginer plus stupide empilement que l’évolution irresponsable que connaît, entre autres lieux similaires au monde, la région parisienne au XXIème siècle.

Paradoxe : l’autophobie est une source avérée de pollution

Autre pollution organisée par les autophobes : la multiplication des ralentisseurs, des stops inutiles ou mal placés, des feux de circulation non justifiés (pas même par la sécurité des piétons), des revêtements routiers abrasifs (supposés anti-verglas) qui diffusent en abondance des particules caoutchoutés de pneus, et ce dans des régions où il ne gèle quasiment jamais.
La multiplication des goulets, couloirs, restrictions et entraves à la fluidité dans les villes augmente les embouteillages donc le temps que tournent les moteurs à distance égale parcourue. Les limitations trop basses contraignent l’automobiliste à rouler dans un rapport inférieur (en « seconde » parfois) donc avec un régime moteur plus important et une plus grande consommation-pollution.
Tout ceci est dénoncé à longueur de pages dans les revues spécialisées du monde automobile bien sûr (lobby industriel oblige) mais aussi, et c’est plus étonnant, dans le milieu réellement soucieux de mieux vivre et de véritable respect de l’environnement … rien n’y fait. Le plaisir de nuire des autophobes, faut-il croire, a barre sur le bon sens et sur la mise en oeuvre des moyens propres à atteindre le but recherché : une moindre pollution.
Mais, qui va s’en plaindre ? Tant que la consommation des carburants augmente, les taxes et les lobbys industriels prospèrent.

Du vent !

Autre lobby industriel très actif : celui de l’éolien. Là aussi les fausses bonnes idées sont légion. Maints griefs sont retenus, bien connus, contre les éoliennes.
Moins connu est ceci : il leur arrive de brouiller les ondes radar des systèmes de sécurité de la navigation aérienne. On leur attribue un certain nombre de « défaillances »17 qui auraient pu conduire à etc. mais chut . Seuls les militaires ont le droit de rouspéter et ils le font, mais assez discrètement tout de même.
Moins secret : les éoliennes sont si coûteuses à produire et la pollution induite par leur fabrication est telle qu’elles ne compenseront jamais, et de très très loin, les dégâts induits par leur réalisation et leur mise en place. Mais, « avantage » tout de même, elles auront rapporté gros aux plus puissants groupes (parmi lesquels on peut identifier via différents relais les aluministes helvétiques, des groupes chimiques allemands, britanniques et américains (pour les résines et la fibre de carbone) bien sûr. Aucune de ces entreprises n’est vraiment réputée pour ses comportements soucieux d’écologie. Les « bad guys » ont très vite vu le profit en termes d’image de marque qu’ils pouvaient tirer de leur promotion de l’éolien. Ces très grands pollueurs de la planète ont vu où était leur intérêt commercial.
Last but not least, là il faut s’incliner, car l’astuce est digne d’éloge : le lobby français de l’éolien est parvenu à négocier avec EDF des prix de revente du MW/h tels qu’ils sont deux fois plus élevés que celui auquel EDF les revend à ses clients – comme l’a fait fort justement remarqué Valéry Giscard-d’Estaing lors d’une longue émission18 consacrée à ce sujet : aucune entreprise ne pourrait fonctionner sur de telles bases bien longtemps. Pire, il nous révèle qu’en France, toujours, les industriels de l’éolien sont parvenus à racheter à bon prix de vieilles centrales thermiques19 au fioule qu’EDF avait renoncé à exploiter (rentabilité faible et coût importants de travaux pour les rendre moins polluantes)… et les ont remises en service pour fournir (tenez-vous bien! ) de l’électricité baptisée « éolienne » donc renvendue au même exorbitant tarif à EDF !