Fracturation et gaz de schistes

Et revoilà insidieusement (ou pas), un plaidoyer pour la fracturation hydraulique ! Un de plus après ceux de Mesdames Rachida Dati et Maude Fontenoy … sous la plume de Pascal Brückner que l’on a vu mieux inspiré. Comment peut-on oser enfourcher un tel cheval après la diffusion par Arte de Gasland (2011-2012) Il est assez stupéfiant de voir un « philosophe », un « intellectuel » souhaiter aux Français les maladies, pollutions, dévastations que connaissent tant de comtés voire des Etats entiers aux Etats-Unis.
Recourir en outre, pour satisfaire aux diktats d’un lobby pétro-financier (qui doit présenter de nombreux atouts et moyens de séduction il faut croire !) au subterfuge, au stratagème de la culpabilisation-imprécation jetée à la figure d’un peuple – les Français en l’occurrence – qui est qualifié du quolibet de peureux, frileux … est de la dernière bassesse et procède de ces amalgames faciles et intellectuellement malhonnêtes qui jadis firent tant horreur à l’essayiste en question.
Décidément, il serait bien tentant de pratiquer le même type d’amalgame en étendant la consternation que nous procure la lecture de ce type d’articles au support médiatique qui l’héberge… mais nous nous en abstiendrons bien évidemment!

Développement durable en Europe

Représentations d’une idéologie contradictoire

Michelle VAN WEEREN
Face à l’état alarmant de la planète et aux inégalités sociales toujours croissantes, les sociétés européennes semblent avoir trouvé la réponse adaptée. Concept très en vogue sur le continent européen, le développement durable s’impose aujourd’hui aux pouvoirs publics et privés comme un outil opérationnel censé donner les lignes directrices qui permettraient de trouver un nouveau modèle de gestion plus respectueux de l’environnement et de l’humain. Malgré l’unanimité apparente avec laquelle toutes les parties concernées semblent avoir adopté cette nouvelle idéologie, il s’avère qu’il existe des différences dans l’interprétation et la mise en pratique du « développement durable ».
Ces différences semblent en partie être dues à la confusion générale qui règne autour de ce concept parfois perçu comme contradictoire. Confusion qui laisse naturellement une marge de manœuvre et une liberté d’interprétation considérable à ces nouveaux acteurs de la durabilité. Mais, un développement véritablement durable ne nécessiterait-il pas une révolution collective de nos mentalités, révolution qui sera avant tout profondément culturelle ?

Idolâtries et mimétismes

Nous sommes entrés dans l’ère de la confusion. Entendons-nous bien : confusion n’est pas désordre, bien au contraire la confusion est ordre. Et quel ordre, inflexible, invisible, innommable, irrepérable (du moins vise-t-il à l’être). Jamais identifiable, toujours ailleurs et partout insaisissable. Sauf par inadvertance. Alors soyons inadvertants et sachons simuler l’indifférence, ou mieux l’acceptation de ses stratagèmes pour la voir en action et la surprendre en flagrant délit.

« croissance intelligente, durable et inclusive » !

Valérian GUILLIER

La culture … « à l’appui d’une croissance intelligente, durable et inclusive » (Proposition de règlement pour le programme Culture)
Le titre peut prêter à sourire. Non ? Voire à rire assez franchement. Pour les personnes qui sont le plus au fait des dernières tendances de l’Union Européenne, cela pourrait même faire sens.
Il est admirable de voir ce que l’Union peut produire en matière de mots creux.
Commençons donc par la seconde partie. La croissance est décrite comme intelligente, inclusive et durable. Au delà de la continuation d’une rhétorique linguistique aux métaphores religieuses bien huilées on ne peut s’empêcher de pouffer devant le terme de « croissance intelligente ». Je m’arrête déjà sur le fait que le résultat d’un calcul (différentiel de l’activité économique sur deux périodes) soit qualifié d’intelligent. L’antropomorphisation d’un résultat (ce que l’on met couramment à droite du signe égal) tente d’en faire oublier la bêtise intrinsèque.
La croissance est bête.

La mutation de l’écologie

« Ecologie » : un seul mot pour plusieurs plans de l’activité humaine et de nos mentalités: une science véritable, un ensemble de motifs d’inquiétude, un discours pratique voire prescriptif et un « arsenal » politique qui traduirait celui-ci dans les pratiques. L’actuelle confusion, comme toujours, profite à certains qui n’ont, pour le moins, rien « d’écolos » justement, tels ces « bad guys » devenus (avec des gains colossaux) « green-washers » !
Mais pourquoi donc chacun des « partis » n’a-t-il pas un volet de son programme consacré à cet aspect de la vie ? …

L’écologie n’est pas une science – heureusement !

Un colloque interroge le statut de l’écologie dans les mentalités : « L’écologie est-elle une science ou une religion ? » (Voir l’article de Bérengère Hurand dans Le Nouvel Observateur – Le Plus )…
Pour ce qui est du religieux et de la sacralité, du « numineux » qu’inspire la « Nature » c’est bien difficile en effet de se faire une opinion tranchée.
Mais pour ce qui est de l’appartenance épistémologique il n’y a pas photo. En tout cas pas pour ce qu’il est convenu d’appeler « écologie » dans les médias, dans les sphères économiques et politiques : tous ces discours « écologiques » sont sans la moindre exception de nature prescriptive et souvent culpabilisateurs donc nourris à une axiologie voire à des séries de choix éthiques.

Le cas Eva Joly

Eva JOLY – Qui faut-il plaindre, la malheureuse femme politique ou les médias ?
Il est rare d’entendre autant de commentaires xénophobes et sexistes. Ce n’est pas de la pitié pour Eva JOLY qu’il convient d’éprouver mais de la honte pour tous ces humoristes, chansonniers, journalistes bien « français » qui, jour après jour, s’en sont pris non pas à ses idées, à ses choix, à son programme … MAIS à son accent, à son physique, à ses lunettes, à ses origines !

Ecolâtrie : comme … la Nature

Qui aurait cru que la Nature pût devenir un objet de mode ? Dès que l’humain, mieux protégé, pour un temps, au fond de villes et cités où il n’avait plus tant à craindre les loups et le froid que les rats et ses semblables, Rousseau et ses épigones inventèrent une bien aimable Nature revisitée mise au service de toutes les absences, fétichismes du vide et utopies.
L’écologie, naguère encore, facette de la science, tenait un discours rationnel. Depuis, elle est comme « entrée en religion » et comme l’Eglise autrefois, est également entrée en politique. Naissait alors l’écolâtrie, hélas plus soucieuse d’imprécations et de pouvoir que des fiantes industrielles. Apparut ainsi un nouveau naturalisme pervers feignant la nostalgie : voyez la volupté « puritaine » qui anime ceux qui jubilent dans leur rôle d’imprécateurs, de culpabilisateurs : les chantres, grands-prêtres et verts gourous de l’Ecolâtrie. Mais …
Tout de même, par-delà leur exécrable (et pathétique) jubilation … ont-ils vraiment tort sur le fond ?
Ce serait bien agaçant qu’il n’aient pas tort du tout ces imprécateurs-là! Et qu’ainsi ils nuisent considérablement à une cause des plus justes.

Catharismes : comme … les purs

René Girard montre par ses analyses au long cours à quel point les groupes humains sont contraints de se ressourcer régulièrement dans une pureté originelle. C’est ce qui les conduit à élaborer des rituels expiatoires pendant lesquels ils immolent ou bannissent des « boucs émissaires » qui focalisent sur eux tous les péchés du groupe, toutes ses dissensions. Contre le bouc-émissaire et grâce à lui le groupe se refédère, pour un temps au moins.
La pureté est la référence à une nature perdue par le groupe mais que sa foi en l’expiation déléguée permet de retrouver. En amont de la dite propension cyclique qui justifie le rituel nul ne s’interroge sur la nature, le « contenu » du concept « pureté ». Pas plus aujourd’hui qu’hier.
Traduction contemporaine de cet antique rituel : on adore, on idolâtre des héros du sport, de la politique, des médias, du spectacle (peu importe) puis, au-delà de leur gloire extrême on les porte au paroxysme de la publicité, non plus du fait de leur talent mais du fait d’un scandale qui soudain les fait passer de la gloire absolue au déshonneur absolu, à la seconde même où leur notoriété était au pinacle. Décidément, la roche Tarpeïenne est vraiment toujours aussi proche du Capitole que dans la Rome antique.

Du clone à l’eugénisme. Le retour de l’inné.

Avec Dolly, pointe une sexualité libérée de la reproduction : enfin, c’est plutôt exactement l’inverse. La reproduction asexuée véhicule la dimension du plaisir auquel on enlèverait la caution (pourtant si diaphane) de la reproduction. Le plaisir n’aurait même plus cette inscription théorique pour se justifier. Et la sexualité noble (cette « efficace » de la reproduction) s’absentera des régions sales où elle s’accomplit n’y laissant plus que la nuance quasi-excrémentielle : sa connotation fonctionnelle.
On comprend pourquoi le mammifère Dolly fit des vagues – et quel mammifère : l’agneau ! A deux doigts de l’ « agneau de Dieu », du symbole de pureté, de blancheur, d’authenticité et de douceur. Conçu sans péché d’accouplement.