« Ecologie » : un seul mot pour trois séries d’enjeux, trois plans de l’activité humaine et de nos mentalités.
Le mot « écologie » (et, a fortiori, le raccourci un peu péjoratif « écolo ») est non seulement bien vague mais parfaitement inadéquat à maints égards.
Il y a la place pour trois objets différents que le vocabulaire qui reste à mettre au point devrait impérativement distinguer :

UN : une science

Une science véritable : c’est-à-dire un axe de recherches scientifiques. Une science a pour mission première de se consacrer à la définition de manière de plus en plus précise de son « objet » : de là sa dynamique. Rappelons-le : une science qui a accompli la définition de son objet est un savoir figé, une science morte.
En tant que science il s’agit donc d’un discours rigoureux de stricte description du réel. Et, cela va de soi, les découvertes demeurant strictement descriptives, elles ne sauraient comporter la moindre dimension prescriptive !

DEUX : une gamme de constats étayés

Un ensemble de conclusions, constats, motifs d’inquiétude (dont on peut toujours débattre des priorités, bien entendu) qui, pour entrer dans les faits, influer sur les choix et comportements, doit déboucher sur des recommandations. Donc un discours pratique qui, par-delà les prises de conscience, puis les recommandations peut même être prescriptif.

TROIS : le plan politique

Enfin il y a la place, bien évidemment, pour un « arsenal » politique qui traduirait, par le biais d’un dispositif réglementaire, voire législatif, conclusions et recommandations dans les pratiques.

COMMENT… Diable en est-on arrivé là ?

« Oh Dear, where did we go wrong ? » s’exclament les parents face à leur gamin qui a « mal tourné » … blague éculée.
La bonne question est de savoir pourquoi chacun des « partis » n’a pas un volet de sa réflexion et de son programme consacré à cet aspect de la vie. On n’imagine pas un programme politique et ce, quel que soit le parti qui en serait porteur, faire totalement l’impasse sur l’international, l’énergie, les activités de production, la santé les infrastructures, ou les équipements etc.
Ce qui permet d’affirmer que ce qui a sans doute le plus nui à l’idée écologique c’est son cantonnement au sein de partis spécialistes, dédiés, clos (parfois de manière sectaire) au lieu de pénétrer de manière souple et « évidente » chaque région des mentalités, des pouvoirs politiques, des instances de décision ou de diffusion des informations.
Qu’on ne vienne pas dire que c’est cette force de frappe hyper-focalisée qu’ont été les partis écologiques qui a su créer la sensibilisation du plus grand nombre à ces graves enjeux. C’est faux ! Ils ont d’une part donné bonne conscience à tous ou presque. Quelqu’un se dévoue pour se sentir coupable à ma place – ça me permet de continuer. D’autre part ils ont très profondément ralenti la « prise au sérieux » des messages, enjeux, constats professés. Les écolos se sont folklorisés eux-mêmes, avec une énergie considérable, en engagement sans faille, une application digne d’éloge mais totalement contre-productive.

CONFUSION … profitable ?

Le malheur est qu’actuellement les trois plans sont l’objet d’une dévastatrice confusion qui, comme toujours, profite à certains qui n’ont, pour le moins, rien « d’écolos » justement !
Outre la clôture en partis, les « dérives » de l’écologie l’ayant complètement discréditée ont retardé les prises de conscience.
Au nombre de ces dérives, notamment, une certaine forme d’idolâtrie (écolâtrie infantilisante) d’une utopie de la nature a offert aux opposants-réticents de belles occasions de ridiculiser les empêcheurs de polluer en rond.
Autre dérive et non des moindres : le green-washing. Admirez la somptueuse ambiguité des « milieux » écologiques à l’égard des grands capitalistes (bad guys pourtant pour la plupart) qui ont flairé le bon coup et se sont lancés (en polluant de plus belle, par la même occasion) dans la production effreinée d’équipements écologiques innovants et indispensables (et fort lucratifs). Mais les « écolos » diplômés et encartés se gardent bien d’examiner le bilan carbone COMPLET de ces opérations industrielles en excluent de leurs éloges chiffrés (et pseudo-scientifiques) les pollutions induites par la production, l’exploitation, la maintenance puis la démolition à terme échu. C’est ce type d’aveuglement, de cécité idéologique qui a discrédité l’écologie au point que l’on ne parlera bientôt plus que d’une vague verte quand les puissances financières se seront lassées de cet effet de mode qui ne pourra rester porteur bien longtemps.
Tout cela lui a finalement plus nui que toute autre forme d’attaque.

TOURNER le dos au passé …

… d’abord et avant tout en dissipant les occasions de confusion entre les trois plans qui doivent demeurer distincts et en ne tendant pas systématiquement la main aux green-washers et autres loups déguisés en agneaux.