Brouiller, toujours brouiller.
Les maîtres du monde à venir seront ceux qui seront parvenus à préserver la faculté de penser. Leurs esclaves seront ceux qui, par tradition culturelle, ne sauront plus faire fonctionner que leur émotivité. Soumis aux émotions imposées: toutes de nature visuelle ils n’auront plus la hauteur de vue que permet la lecture critique d’un document simple du type « lettres noires sur papier (écran) blanc ».
Ils ne liront – et encore – que des fouillis de lettres perdues dans un océan de couleurs, de trames, de motifs, la bousculade de marques et de signes qui ne disent sinon rien de plus qu’ils sont – tous également – importants. Ce qui n’a pas le moindre sens. Ce que nous offre déjà la « superbe et coûteuse » collection « Découverte » de Gallimard ou encore l’inextricable fouillis de certaines pages du web.
Il n’est qu’à observer le conformisme à l’œuvre dans la presse « pour enfants » ou « pour jeunes ». La pensée y est inversement proportionnelle aux impressions de fond, tramages et textures qui, à force, occultent le texte imprimé, enivrent la réflexion, étourdissent la pensée.

La même remarque vaut pour la musique d’ambiance qui, de mièvre qu’elle était dans les années soixante – règne de la « musac » – est devenue si abrutissante qu’on en abrège ses courses dans les supermarchés pour aller compléter ses achats en des lieux plus calmes où l’on puisse penser, choisir, désirer et se souvenir de ce qu’on est venu chercher.

Quitte à perdre des ventes ce siècle préfère éradiquer avant tout la pensée personnelle. C’est, de toute évidence, la priorité des priorités.